Si l’accord ACEUM s’effondre, le Canada perdrait 102 000 emplois, et une part importante de ces pertes se situerait dans des secteurs où travaillent les Latino-Américains.

Un rapport du Conseil commercial canado-américain, publié mardi, estime qu’un effondrement total de l’accord commercial ACEUM coûterait 102 000 emplois au Canada, contre 214 000 aux États-Unis. Ce chiffre survient alors que le Canada poursuit ses négociations pour éviter l’échéance du 19 août, le secteur automobile étant considéré comme le plus vulnérable.

Pourquoi le secteur automobile en particulier ?

Le rapport met en garde contre les tentatives des États-Unis d’empêcher l’importation de voitures canadiennes sur le marché américain. Cette situation pourrait contraindre des constructeurs comme Honda, Toyota et Nissan à délocaliser leur production aux États-Unis.

Et quel rapport avec la communauté latine au Canada ?

C’est à ce stade que le rapport s’éloigne des chiffres généraux pour devenir plus précis, même s’il est important de préciser à qui chaque statistique se rapporte. Selon une analyse de Statistique Canada publiée en juin sur la population latino-américaine au Canada, les hommes d’Amérique centrale ayant un statut établi au pays sont surreprésentés, plus que dans tout autre groupe professionnel, dans le secteur des « métiers, du transport et de la conduite d’engins » (40,4 %). Dans un autre groupe, celui des résidents non permanents titulaires d’un permis de travail, le secteur manufacturier est le deuxième secteur le plus fréquent chez les travailleurs latino-américains (11,8 %), juste derrière les services professionnels.

Cette concentration avait déjà été constatée. En avril, un rapport de cette même publication décrivait la communauté latino-américaine au Canada comme étant « fortement présente dans des secteurs tels que la construction, l’agroalimentaire, la logistique et le montage », et soulignait que les industries automobile, sidérurgique et de l’aluminium étaient « particulièrement préoccupantes » compte tenu des suppressions d’emplois en cours. Ce même article citait Brendon Bernard, économiste chez Indeed Canada, qui décrivait le marché du travail comme « relativement stable, voire stagnant », et précisait que le secteur manufacturier avait perdu plus de 51 000 emplois en douze mois, « principalement concentrés en Ontario », la province qui compte le plus d’usines automobiles au pays.

Existe-t-il un filet de sécurité si cela se produit ?

Le gouvernement de l’Ontario, de concert avec le gouvernement fédéral, a déjà mis en œuvre le Programme de réponse à la hausse des tarifs douaniers pour la main-d’œuvre. Annoncé en mars, ce programme vise à soutenir les travailleurs déplacés des secteurs de l’acier, de la fabrication, du bois et de l’automobile, en leur offrant des subventions à la formation, une aide à la recherche d’emploi et un soutien financier temporaire. Si l’ACEUM s’effondre le 19 août, ce programme devra absorber une forte augmentation de la demande, dont l’ampleur demeure incertaine.

Écrit par : Mauricio Navas Talero Journaliste LJI

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